Nouveaux réseaux de chaleur innovants à Bordeaux

Nouveaux réseaux de chaleur innovants à Bordeaux

La ville de Bordeaux se développe en batissant de nouveaux quartiers durables sur d’anciennes zones portuaires. Une société, Énergie des Bassins, a été créée pour gérer le développement des réseaux de chaleur qui alimenteront les quartiers à 70% en énergies renouvelables.
Votre Chaudière a interviewé Jean Domergue, directeur général d’Énergie des Bassins, sur les réseaux de chaleur innovants qui ont été mis en place pour alimenter ces nouveaux quartiers en chauffage et eau chaude.

Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce projet de réseau de chaleur d’un nouveau type ?

chauffage bassins à flots

Situation

Il faut savoir qu’il s’agit d’un réseau de chaleur et pas uniquement d’une chaufferie ; il y a même plusieurs réseaux. Le choix initial est politique pour le développement du quartier des bassins à flots. La CUB* et la Mairie de Bordeaux ont voulu faire un quartier exemplaire en matière de développement durable. Les bâtiments sont vertueux au niveau énergétique de façon à rendre homogène la maîtrise de l’énergie dans ce quartier. Cela s’inscrit également dans le Grenelle Environnement 2.

Les partenaires avec lesquels nous collaborons sont de haut niveau : toute la partie énergétique a été réalisée par une filiale d’EDF qui s’appelle EDF Optimal Solutions, la partie concernant le réseau a été faite par une filiale de Régaz qui s’appelle Mixéner et un groupement de gros œuvre dont Régaz-Bordeaux fait partie. L’entreprise Energie des bassins s’est créée à travers la complémentarité des compétences de chacun, ce qui a permis d’avoir une assurance sur le résultat. EDF et Régaz sont des acteurs majeurs sur la gestion de l’énergie et qui nous permettent d’avoir déjà de bons résultats aujourd’hui sur la réalité du chantier.

*Communauté Urbaine de Bordeaux

Quels principes de fonctionnement sont appliqués à ces réseaux de chaleur ?

C’est assez simple d’un point de vue macroscopique, il y a deux réseaux sur les Bassins à Flots, un aux Chartrons et un autre au nord pour desservir le quartier de Bacalan. Les deux réseaux sont autonomes et non raccordés. Le réseau de Bacalan est alimenté par une chaufferie biomasse avec deux chaudières d’une puissance totale de 6 mégawatts. Ce réseau va fonctionner à haute température avec une eau transportée à 90°. Le deuxième réseau au sud des bassins est un réseau de chaleur plus innovant puisqu’il s’agit d’un réseau d’eau tempérée qui circulera dans les canalisations. Il est issu de la récupération d’effluents de la station d’épuration Louis Fargue qui permet aux échangeurs de récupérer une partie des calories qui auraient été autrement perdues. La chaufferie des Chartrons est donc accolée à la station d’épuration. Il y a bien sûr un appoint de secours avec des chaudières gaz et l’eau tempérée est ensuite envoyée en pied d’immeuble, puis retravaillée au niveau calorique à travers des sous-stations qui permettent de faire du chaud et du froid. La caractéristique essentielle de ce réseau des Chartrons c’est que la production de chaleur et de froid est délocalisée en pied d’immeuble à travers des pompes à chaleur différentes. Nous avons donc deux façons de produire de l’énergie, raison pour laquelle on parle DES réseaux de chaleur des Bassin à flots. Nous avons prévu un système pour les raccorder, même si ce n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour en raison des moyens financiers qui seraient à investir. Il faudrait traverser les bassins, ce qui n’est pas une mince affaire, et comme le besoin n’est pas avéré, c’est juste une possibilité qui n’est pas d’actualité.

QuotationMark

C’est une manière différente de produire de l’énergie.

 

Ces réseaux de chaleur sont-ils une première en France ou une adaptation de systèmes déjà fonctionnels ailleurs ?

Les systèmes similaires à la chaufferie biomasse que nous avons implantée à Bacalan sont maintenant traditionnels et éprouvés. Même si elle est d’une taille importante ici (6 mégawatts), ce n’est pas la plus grosse en France. Ensuite, côté Chartrons, le système que nous avons mis en place est une première en France au niveau de sa taille, voire même en Europe. Le principe est simple, mais les caractéristiques se font au niveau du choix des matériels, leur performance et surtout le contrôle commande associé à la gestion des effluents, du gaz et l’adaptation aux besoins d’un client qu’on maitrise en temps réel.

Comment entendez-vous mettre en œuvre et déployer l’ensemble du projet ?

Cela se fera en plusieurs étapes. Nous sommes de toute manière obligés de nous adapter aux besoins en énergie et donc au nombre d’habitants qui vont résider sur place et de la progressivité de la construction des bâtiments. Ce quartier ne va pas se faire en un jour et nous sommes par conséquent tributaires de la promotion immobilière qui se développe progressivement sur le quartier. En se baladant, on peut voir les immeubles monter, les plus hauts étant pour l’instant de 4 ou 5 étages, mais nous sommes au début de la réalisation et on ne peut pas construire tout le réseau de chaleur en avance. L’Atelier des Bassins, un endroit où les promoteurs viennent proposer leurs projets au fur et à mesure, nous permet de garder un œil sur le développement du quartier. Cela nous permet d’avoir des données sur les évolutions du quartier. Aujourd’hui le gros œuvre est quasiment terminé et notre objectif est d’avoir terminé les travaux en milieu d’été (1er juillet côté Chartrons et 15 juillet côté Bacalan). Ensuite des essais auront lieu, suivis d’une deuxième livraison au début de l’automne (septembre, octobre) avec la réalisation en pied d’immeubles terminés, avec les fameuses pompes à chaleur qui génèreront chaud et froid côté Chartrons (Froid pour le tertiaire et les commerces uniquement).

Avez-vous rencontré des surprises ou des difficultés au cours du développement du projet ?

Il n’y a pas eu de difficultés particulières car le projet était initié de longue date avec plus de deux ans d’études, d’analyse et de développement. Il n’y a pas eu de bonnes ou mauvaises surprises notables. Après, c’est un chantier d’envergure dans un quartier qui est réhabilité donc nous avons rencontré certaines contraintes pour la réalisation des ouvrages, mais il s’agit de contraintes de chantier classiques avec par exemple, des éléments retrouvés dans le sol qui n’étaient pas prévus. Tout est maîtrisé aujourd’hui.

bassins a flots

Les bassins à flots

Les particuliers qui vont bénéficier de ces réseaux de chaleur dans leur logement vont-ils concrètement ressentir une différence ?

Il n’y aura pas de ressenti différent de la chaleur dans les appartements, ni de différence caractéristique liée au réseau de chaleur, si ce n’est la sécurité car dans le quartier, ce sera de l’eau qui circule et non un hydrocarbure (gaz ou liquide inflammable). Sur le confort et l’utilisation quotidienne, il n’y a pas de différence notable puisque la chaleur va arriver en pied d’immeuble et sera distribuée avec des systèmes de chauffage classiques, qui restent au choix des promoteurs. Ensuite la qualité et la forme du chauffage individuel tiennent à eux. Notre travail s’arrête où commence celui des promoteurs.

L’ambition était de bâtir des réseaux de chaleur basés sur les énergies renouvelables, donc les particuliers habitants des Bassins à flots consommeront une énergie basée à 70% sur du renouvelable, avec les calories contenues dans une station d’épuration ou le bois-énergie. C’est quand même une chance aujourd’hui de pouvoir se chauffer en ayant recours à ces combustibles tout en gardant une qualité de chauffe remarquable. C’est une avancée majeure pour l’habitat durable. Ça ne préjudicie pas du confort des habitants et c’est un bénéfice majeur pour le quartier. J’espère que si des personnes font le choix de vivre aux Bassins à Flots, cela sera aussi en raison de la qualité énergétique du quartier. Le projet tient grandement aux énergies renouvelables et à la réduction des gaz à effet de serre.

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Aujourd’hui, on économise par an 8000 tonnes de production de C02 avec ce projet, s’il y a quelque chose à retenir, c’est bien ce dispositif d’économie de CO2.

Pensez-vous que ces réseaux de chaleur innovants seront reproduits dans les futurs quartiers en développement à Bordeaux ?

Oui ce genre de réseau de chaleur est voué à se développer à l’avenir, ils plaisent au grand public et permettent d’être ambitieux au point du vue du développement durable. Ils donnent également l’occasion d’ouvrir les yeux des gens sur les réseaux de chaleur qu’ils utilisent.

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